| Cette
ancienne exploitation agricole tenue depuis des années par la
famille Dekimpe, est située à langle des rues Cardinal
Mercier et du Valemprez.
On accède à la ferme par une carrière qui prend
naissance dans la rue Cardinal Mercier. Celle-ci nous conduit à
la grand-porte surmontée dune arcade en anse de panier.
A droite de lentrée se dresse un fenil et à gauche
de celle-ci, un beau corps de logis a été bâti,
dont la longue façade donne du côté de la cour de
ferme. Un trottoir élevé donne accès à cette
belle demeure construite de plain-pied et éclairée par
de multiples fenêtres.
Au dessus de la porte dentrée, un il-de-buf
laisse pénétrer la lumière dans le corridor. Dans
la toiture, autrefois garnie de chaume, recouverte à présent
de tuiles rouges, une lucarne monte-charge servait à accueillir
les sacs renfermant la récolte de grain qui était alors
déversé sur le plancher du grenier. Au faîte du
toit, un clocheton bien simple est posé. Malheureusement, il
a perdu sa cloche. Cette cloche qui dictait aux gens de la terre quil
était temps de partir au travail. Le tintement de cette cloche
qui provoquait le hennissement des chevaux et qui leur indiquait que
le moment était venu de rentrer à lécurie
pour recevoir leur pitance. Cette cloche encore, qui permettait au fermier
dappeler au secours lorsquun sinistre éclatait ou
encore quand des brigands sattaquaient à sa personne, aux
siens ou à ses biens.
Les communs de la ferme ont été édifiés
en forme de quadrilatère. Nous découvrons à main
droite les granges avec leurs accès. Faisant face à lhabitation,
le long de la rue du Valemprez, sont consruites les étables.
A lextrémité de celles-ci, une grande porte donne
encore un accès charretier à la cour de la ferme. Enfin,
du côté de la rue Cardinal Mercier et rejoignant lhabitation,
des dépendances referment ce quadrilatère. Dans la cour,
on remarque encore lemplacement dun abreuvoir qui était
construit en briques. Il fut démoli car le progrès lavait
rendu inutile.
Les longs murs blanchis à la chaux auraient mieux gardé
le caractère primitif de lexploitation si on ne sétait
pas évertué à accoler des dépendances basses
au dos des bâtiments dhabitation, situés du côté
de la carrière qui nous permet daccéder à
la cour.
Si de nos jours, on considère les environs de Valemprez, on peut
avancer sans crainte de se tromper quil existait des étangs
dans les alentours du domaine. Malheureusement, il nen reste que
peu de traces.
Mais retournons dans la cour où notre attention est retenue par
la demeure du fermier. Dans le mur, à droite de la porte, on
a conservé une pierre placée en losange. Cette dalle,
datée de 1663, porte un écusson surmonté dune
mitre et dune crosse. Les armes en sont attribuées à
Pierre Cazier1. Cet abbé de lAbbaye de Saint-Martin à
Tournai fut baptisé à Tournai, Notre Dame, le 14 février
1602. Il éait le fils de lhonorable homme Jean Cazier,
marchand juré de Tournai, échevin de Saint-Brice de 1617
à 1620 et qui avait acheté la bourgeoisie de Tournai en
1586, et dAntoinette Picou (ou Picquoy), dorigine artésienne
et décédée à Tournai, Saint Piat, le 24
septembre 1636. Leur testament conjonctif fut approuvé le 21
juillet 1636. Ce qui permet de situer le décès de Jean
Cazier vers le 18 juillet 1636.
Pierre Cazier, né à Tournai, de parents peu fortunés
mais honnêtes, se fit remarquer par ses talents à lUniversité
de Louvain. Entré à lAbbaye de Saint-Martin, il
fit profession en avril 1624. Il retourna ensuite à Louvain où
il étudia la théologie. Il revint alors enseigner la théologie
dans son monastère, puis fut envoyé à Affligem
où il remplit la charge de lecteur pendant trois ans. Il prit
alors la licence à Louvain avec deux confrères, D. Ambroise
Roscand et D. Paul Grau. Il revint à Saint-Martin, fut nommé
tiers-prieur, puis maître des novices.
Le 11 juin 1654, il obtient ses patentes de coadjuteur. Il fut installé
le 3 janvier 1656 et béni le 9 du même mois. Cet abbé
se fit remarquer par son amour de la régularité et fit
régner une bonne discipline dans son monastère. A la fin,
on lui reprocha sa dureté et une certaine avarice. Il jeta le
10 février 1666, les fondements du nouveau dortoir et orna le
réfectoire bâti par labbé de Roore.
D. Duquesne se plaint de la visite faite en 1667 par quelques français
à la bibliothèque, doù ils emportèrent
36 manuscrits qui furent envoyés à Paris.
Le 3 juillet 1671, Louis XIV posa la première pierre de la nouvelle
église qui coûta en tout plus de 150.000 florins.
Labbé Cazier abdiqua le 21 août 1674 et mourut le
23 mars 1676 ;
Les armes de Pierre Cazier, abbé de lAbbae de Saint-Martin
de Tournai en 1663, se lisent comme suit : « dazur
à trois étoiles dor, au chef dargent chargé
dune rose de gueules. Aux deux : dargent à une
demi aigle de sable mouvant de la dextre de la partition ».
Entre la première et la seconde fenêtre de lhabitation,
une niche surmontée dune croix est pratiquée dans
le mur. Cette chapelle est dédiée à la Vierge.
On y a placé une Sedes Sapientiae. Déjà
au XIIIe siècle, les terre du Valemprez appartenaient à
lAbbaye de Saint-Martin de Tournai. Nous en retrouvons traces
dans les chartes de cette abbaye.
En effet, le samedi 22 novembre 1259, labbaye de Saint-Martin,
échange des rentes quelle possédait à Estaimbourg,
à Bailleul et à Pecq contre six bonniers de terre à
Dottignies, appartenant à Ernoul de Wanonpret. Ces terres étaient
situées au lieu dénommé Wanonpret.
En novembre 1277, lAbbaye de Saint-Martin donne à bail
pour neuf ans à Watier Cauchevake, la ferme de Wanempret avec
toutes ses dépendances.
Le valemprez dépendait du bailliage de Tournai. Dans son « Histoire
de Dottignies », Albert Van Neste affirme que le Valemprez
compta jusquà septante-six bonniers.
Notons encore que labbaye était propriétaire de
la ferme du Temple près de léglise de Saint-Léger
et de celle de Clercamp située au même village de Dottignies.
Le censier de Valemprez avait comme titre « Bailli des
messieurs de lAbbaye de Saint-Martin et premier manant du Tournaisis
à Dottignies ».
La famille « Dubus » occupa le Valemprez. Albert
Joseph Du Bus né à Saint-Léger le 9 octobre 1691
est censier et maeur de la Cour censale de Vallemprez à Dottignies.
Il épousa le 19 décembre 1723 à Saint-Léger,
Marie Thérèse Van Damme.
François Joseph Dubus, né à Dottignies en 1725,
succéda à son père dans la fonction de mayeur du
Vallemprez. Il devint bailli général de lAbbaye
de Saint-Martin de Tournai pour toutes les terres quelle possédait
dans le Tournaisis. Il se maria en léglise de Dottignies
le 22 avril 1749, avec Marie Joseph Baudrenghien. Ils eurent dix enfants
dont Louis qui suit.
Louis Dubus, né à Dottignies le 25 août 1760, demeura
censier du Vallemprez. Agé de 35 ans, il se maria à Kooigem
le 28 juillet 1795 avec Caroline Joseph Glorieux.
Nous avons retrouvé à la Bibliothèque de la ville
de Courtrai, dans le fonds Slosse, une affiche relative à la
ferme du Valemprez, qui date de 1801, concernant lacte de vente
à la suite des expropriations.
République
Française
Revente des biens nationaux
Département de la Lys
On
fait savoir que le 19 prairial an 9, à 10 heures du matin, dans
la salle ordinaire des ventes de la Préfecture, il sera procédé
pardevant le secrétaire général à la revente
à la folle enchère des biens désignés ci-après
conformément aux dispositions de la loi du 16 brumaire an 5.
Suit la désignation desdits biens, savoir,
Au préjudice du Citoyen Vilain XIIII
Article I
Une ferme à mouton et 45 bonniers 903 verges de terres à
Dottignies, provenant de la ci-devant abbaie de St Martin, occupée
par Louis Du Bus, moyennant un rendage annuel de 1.879 F.
Article II
8 bonniers 300 verges de terres, situées à Dottignies,
provenant de la ci-devant Abbaie de St Martin à Tournai, occupées
par Louis Dubus, moyennant un rendage annuel de 370 F.
Longtemps après la révolution, la cense de Valemprez appartiendra
encore à la famille Vilain XIIII. Un acte de partage daté
du 26 novembre 1928 nous apprend que ce bien appartenait à la
Vicomtesse Elisabeth-Catherine Vilain XIIII. Cette dernière qui
habitait à Saint-Josse-ten-Noode, y est décédée
le 26 juin 1951. Par testament, la Vicomtesse institue légataire
universel du domaine du Valemprez, les Chanoinesses régulières
de Saint Augustin de Jupille et lègue aux quatre demoiselles
Pieret de Schaerbeek lusufruit du bien. Les chanoinesses et les
demoiselles Pieret vendirent la cour du Valemprez en date du 10 juin
1958.
Depuis quatre générations cette ferme est exploitée
par la famille Dekimpe. On retrouve dabord Joseph Dekimpe-Englebert.
Ce fut ensuite Léopold Dekimpe et son épouse Anna Glorieux
qui vinrent sinstaller au Valemprez.
En 1932, nous y trouvons Monsieur Paul Dekimpe et dame Marthe Liétaer,
de Rekkem. Paul Dekimpe est né à Dottignies le 17 mars
1910. Il décéda inopinément le 9 janvier 1972.
Déjà le 1er janvier 1967, il avait cédé
la ferme à son fils René Dekimpe qui avait épousé
Marie Rose Hubaut de Mouscron.
Les propriétaires en juin 1979 étaient Messieurs et dames
Joseph Verbauwede-Vandenbogaerde Magdalena, industriel à Deerlijk,
en indivision avec Gabriel Verstraete-Verbauwede Maria, qui ne possèdent
aucun document sur leur bien pouvant nous aider. |