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A LA MEMOIRE VENEREE

DE MONSIEUR L'ABBE

VINCENT-AUGUSTIN-NICOLAS CAMBERLIN

ANCIEN CURE DE NECHIN

Né à Soignies le 7 septembre 1858

Ordonné prêtre le 28 août 1882

DOUCEMENT ENDORMI DANS LA PAIX DU SEIGNEUR
A SOIGNIES

LE 4 FEVRIER 1929.






ELOGE FUNEBRE
Prononcé
Par Monsieur l'Abbé C. MOLLE
Curé de Rumes
Le 18 février 1929, en l'église Saint-Amand à Néchin.





Impendam et super impendar ipse pro animabus vestris. COR II 12-15
Pour moi volontiers je dépenserai tout et me dépenserai moi-même tout entier.





Mes Chers Collègues dans le Sacerdoce,
Mes Frères,

Ces paroles du grand apôtre Saint Paul me sont venues naturellement à l'esprit, quand votre
zélé pasteur me pria d'assumer l'honneur, à la fois doux et pénible à mon cœur, de faire
revivre devant vous, la belle figure sacerdotale de votre ancien curé, Monsieur l'abbé Vincent
Camberlin.

Il fut vraiment pour vous le prêtre fidèle et prudent à qui Dieu confia ses enfants de Néchin :
« Fidelis servus et prudens quem Deus constituit super familiam suam ».

Des voix plus éloquentes auraient pu mieux dépeindre les vertus pastorales de votre saint
curé et toucher, par conséquent d'avantage, vos cœurs. Mais comme j'ai eu le grand bonheur,
et j'ajoute avec une poignante reconnaissance, l'insigne faveur d'avoir été formé par lui à l'art
si difficile de gouverner une paroisse, en partageant durant onze années ses travaux, ses joies
et aussi souvent ses peines, j'ai pu mesurer toute sa sagesse, sa profondeur de vue dans ses
décisions, sa persévérance à poursuivre le but précis et toujours mûrement étudié ; voilà
pourquoi vous me pardonnerez de monter une fois encore dans cette chaire de vérité pour
esquisser devant vous le pastorat de Monsieur l'abbé Camberlin dans cette chère paroisse de
Néchin.

Le 4 février dernier, notre cher curé s'éteignait donc dans sa ville natale, pieusement et
doucement après un long martyre, supporté d'ailleurs avec une résignation vraiment héroïque.

Né à Soignies le 7 septembre 1858, de parents profondément chrétiens, après de solides
études au Collège d'Enghien, puis aux Séminaires de Bonne-Espérance et de Tournai, il fut
successivement vicaire à Péruwelz, puis curé dans les importantes paroisses de Givry,
Morlanwelz et à Néchin de mai 1909 à décembre 1920.

Partout il fut vraiment prêtre et apôtre, car partout il a édifié par ses vertus sacerdotales ;
partout il a montré un zèle ardent et éclairé pour le salut des âmes, zèle auquel pas une portion
de son troupeau ne pouvait échapper.

Comme le Divin Maître, il aima l'enfance et la jeunesse d'un amour de prédilection ; c'est
pour abriter leur innocence et assurer leur persévérance qu'à peine arrivé au milieu de vous, il
étudie le moyen de créer un patronage digne de ce nom ! Que de démarches il fallut faire
pour trouver le terrain et l'argent nécessaires ! Mais rien ne le rebutait, et aujourd'hui,
paroissiens de Néchin, vous pouvez être fiers de posséder pour votre jeunesse un des plus
beaux et des plus pratiques patronages de toute la contrée. M. Camberlin en fut l'architecte et
l'entrepreneur. Peut-être n'avez-vous pas assez admiré la petite chapelle adjacente au
patronage et qui en devait être comme l'âme : petit bijou d'architecture pieuse, éducative où il
a voulu que tout parlât à l'esprit et au cœur de nos jeunes gens : la porte qui en donne l'accès,
le pavement qui est foulé aux pieds, les vitraux et l'autel ont tous une signification précise et
résument les grandes leçons de la Théologie ascétique.

Jeunesse qui m'écoutez, voulez-vous réjouir l'âme de votre ancien pasteur, aimez votre
patronage ; soyez fiers de le fréquenter tous les dimanches, d'en être des membres actifs et
assidus afin de rester une jeunesse profondément chrétienne et devenir plus tard des citoyens
utiles à l'Eglise et à la Patrie. C'est là qu'il aimait à venir se reposer quelques instants le soir
des dimanches après être allé encourager les jeunes filles de l'Ecole dominicale établie au
Monastère Notre-Dame des Anges.

Que dire de ses catéchismes préparatoires à la Communion solennelle et de ceux de
persévérance ! Vous qui les avez suivis, rappelez-vous combien ils étaient intéressants et
pratiques ; pour vous en remémorer un exemple typique, souvenez-vous de la main qu'il
dessinait au tableau noir pour vous faire comprendre selon leur importance les différentes
parties du saint Sacrifice de la Messe. La Communion solennelle revêtait chaque année un
cachet spécial, propre à rehausser cet acte important de la vie chrétienne qu'il considérait
comme le couronnement du baptême.

Pour les hommes il débuta par l'œuvre des retraites fermées ; il en assura les fruits par
l'érection d'une Confrérie du Très Saint Sacrement qui survécut florissante malgré
l'atmosphère destructive de la grande guerre. La Confrérie avait ses réunions régulières le 1er
dimanche du mois après les Vêpres avec les réunions préliminaires du Comité ; avec elle il
organisa les communions générales d'hommes qui finirent par remplir la vieille église le
dimanche de Pâques, comme celles des femmes la remplissaient le Jeudi-Saint. C'était autant
de coups de massue infligés au respect humain, cette vilaine bête qui épouvantait alors tant de
chrétiens.

Enfin, il couronnait son plan d'action pastorale, en créant l'Association puissante des Mères
Chrétiennes avec une réunion obligatoire le 3e dimanche du mois, après les Vêpres et en la
chapelle du Patronage pour les instructions si pratiques dont il avait le secret. Ainsi il
contribuait à maintenir dans votre belle paroisse, l'habitude de sanctifier le dimanche non
seulement par l'assistance à la messe mais aussi par celle des Vêpres.

Une vie de piété si intense devait produire des fruits savoureux pour le Divin Maître : ces
fruits vous les devinez, ce sont les nombreuses vocations sacerdotales qui font aujourd'hui la
gloire de Néchin ; ces jeunes prêtres encore au nombre de six, travaillent efficacement à
étendre le règne du Christ dans tous les coins du diocèse tandis que de jeunes religieuses se
penchent au chevet des malades ou forment dans les pensionnats nos jeunes filles à devenir de
dignes chrétiennes ou se disposent à porter au loin le nom de Jésus. Oh ! que son âme doit
être heureuse et fière en contemplant du haut du ciel ces moissonneurs et moissonneuses qu'il
a aidés de ses lumières et de ses conseils ! Je ne doute pas que le Cœur de Jésus lui ait souri
délicieusement en le voyant venir dans la gloire des élus, tandis que les chœurs des anges
chantaient « Bon et fidèle serviteur entrez dans la joie de votre Seigneur » - « Euge serve bone
et fidelis intra in graudium Domini tui ».

Tandis que M. Camberlin travaillait de la sorte à la sanctification des âmes, il rêvait de
donner au Seigneur un temple plus digne de sa Majesté et répondant mieux aux besoins de sa
paroisse. L'ancienne église était vraiment trop petite ; les deux gros piliers qui cachaient
l'autel aux yeux des fidèles devaient disparaître ; l'église formerait une croix grecque avec
l'autel au milieu ; déjà toutes les beautés artistiques du vieux temple étaient repérées ; l'argent
nécessaire amassé ; dépouillé de son infect plâtras le temple devrait montrer au grand jour ses
arceaux de pierre de taille reposant sur de minces colonnes également en pierre et surmontées
de chapiteaux sculptés. Mais voici que l'affreuse guerre vint ruiner tous ses projets, comme
aussi sa santé robuste.

Impossible, mes Frères, de vous redire tout ce qu'il a souffert durant ces quatre années
tissées d'inquiétudes, de soucis, de tristesses, de privations et d'émotions de toutes sortes.
Sous une apparence froide, M. Camberlin cachait un cœur d'une délicatesse extrême ; figé
dans un triste silence, l'âme accablée des plus sombres prévisions, il gémissait de voir partir
pour l'inconnu nos ouvriers et jeunes gens traqués et traités comme des bêtes fauves.

Chaque année de guerre minait d'avantage son tempérament. Et pourtant son courage était
toujours le même ; rappelez-vous avec quel calme il resta à l'autel le 7 juin 1917 achevant
pieusement le Saint Sacrifice, tandis que douze bombes déferlant sur l'église et la place,
jetaient l'effroi et la débandade parmi la nombreuse assistance. Comme il fut heureux sitôt
l'office terminé d'apprendre que, par une Providence toute spéciale, personne n'avait souffert
parmi les centaines de fidèles qui remplissaient le vieux temple. Désormais l'idée d'un
monument de reconnaissance germe dans son esprit : le Bon Dieu était vraiment Bon pour
Néchin : Néchin devait Le remercier dignement.

L'hiver de 1917 fut particulièrement pénible pour M. Camberlin. Le froid est intense et peu
ou pas de charbon ; il contracte une espèce d'engourdissement qui ira, hélas ! en progressant
toujours d'avantage sous l'action déprimante des douloureux événements : la destruction des
cloches en mars 1918 – l'enlèvement de la population masculine en septembre-octobre – la
nuit terrible du 16 au 17 octobre – la destruction de l'église le 18 octobre – enfin le
bombardement du 20 à l'armistice : toutes ces émotions reliées entre elles par mille et une
privations et inquiétudes, achèvent d'ébranler la forte constitution de notre cher pasteur.

Désormais nous aurons peine à le voir s'acquitter de son ministère. Mais aussi sa
délicatesse de conscience lui fait envisager l'idée de la retraite. Quel cauchemar ce fut pour
lui, mes Frères, je renonce à vous le dépeindre !

Mais avant de partir il veut réaliser l'idée qui le hante depuis des années : donner à Dieu un
temple digne de sa Puissance et de sa Bonté envers les Néchinois. Rassemblant toutes ses
forces il court de village en village, le mètre en main ; il visite les plus belles églises, en
dresse les plans comparatifs, note les avantages ou les inconvénients artistiques ou liturgiques
qu'elles présentent et crée alors le modèle sur lequel l'architecte n'aura qu'à travailler pour
réaliser ce chef d'œuvre devenu le monument de notre reconnaissance et qui fera désormais à
juste titre la fierté et la gloire de Néchin.

Ainsi sous son actif pastorat, votre paroisse s'est enrichie et embellie d'un patronage
modèle, d'un presbytère moderne, d'une église vrai joyau d'architecture, d'un cimetière digne
des plus grandes villes.

Monsieur Camberlin peut disparaître : ses œuvres restent. Si sa dépouille mortelle repose
loin d'ici, son âme revit dans chacune des pierres de ce temple magnifique.

Votre piété, j'en ai la conviction, ne l'oubliera point ; en tous cas ce temple vous rappellera
sans cesse la reconnaissance que vous lui devez et comme l'Apôtre il vous criera :
« Mementote praepositorum vestrorum » - « Souvenez-vous dans vos prières de celui qui a
été chargé par Dieu de vous conduire dans la voie du salut ».

Et comme j'ai la certitude que l'âme de M. Camberlin jouit du bonheur des Saints, ce sera
pour elle toujours plus délicate et plus sensible, l'occasion d'obtenir de son Divin Maître les
bénédictions les plus abondantes pour cette paroisse qu'il a toujours beaucoup aimée et pour
laquelle il a beaucoup souffert. Ainsi soit-il.


Néchin, le 18 février 1929.

Imprimerie J. Van Geebergen, Leuze.

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